Chute de cheveux en automne : quand c’est normal, et quand il faut chercher plus loin

Chute de cheveux en automne : quand c’est normal, et quand il faut chercher plus loin

Oui, la chute saisonnière existe, et elle est documentée depuis plus de trente ans. Elle culmine à la fin de l’été et au début de l’automne, elle dure quelques semaines, et elle se termine seule. Le problème n’est donc pas la chute elle-même : c’est qu’on met sur son compte des situations qui n’ont rien de saisonnier et qui, elles, demandent un examen. Voici comment faire la différence.

La chute saisonnière existe-t-elle vraiment ?

Oui, et les données sont plus solides que ce que le sujet laisse croire.

Une étude publiée dans le British Journal of Dermatology en 1991 a montré que la proportion de cheveux en phase de croissance culmine en mars puis diminue jusqu’en septembre, la chute quotidienne devenant maximale en août et septembre – environ le double de celle de mars.

Une étude suisse menée à Zurich sur 823 femmes, publiée dans Dermatology en 2009, a retrouvé le même rythme : le taux de cheveux en phase de repos est au plus bas début février et culmine en juillet, avec un second pic plus discret en avril. Ce rythme apparaissait indépendamment du fait que les femmes aient ou non une chute de type androgénétique.

Une analyse des recherches Google publiée en 2018 dans le même journal a montré que les requêtes sur la perte de cheveux sont environ cinq fois plus fréquentes en été et en automne qu’au printemps. Vous n’êtes donc pas seule à taper cette question en septembre.

Pourquoi l’automne, et pas l’été ?

Parce que ce que vous voyez tomber en septembre s’est décidé en juillet.

Schéma de trois follicules pileux aux différentes phases du cycle capillaire
Le même follicule au fil du cycle : croissance, transition, repos. La chute visible arrive au bout de la phase de repos.

Un cheveu vit selon un cycle. Il pousse pendant plusieurs années, marque une courte transition, puis entre dans une phase de repos qui dure environ quatre mois avant de tomber, poussé par le cheveu neuf qui se forme dessous. À un instant donné, environ 15 % de vos cheveux sont dans cette phase de repos.

Quand la proportion de cheveux qui entrent en repos augmente en juillet, la chute correspondante devient visible environ trois mois plus tard. L’automne n’est pas le moment de l’agression : c’est l’écho de l’été.

Cela explique aussi pourquoi les shampooings anti-chute achetés en panique fin septembre semblent parfois miraculeux. Le pic était déjà en train de passer.

Combien de cheveux par jour est-ce normal ?

Brosse à cheveux avec quelques cheveux tombés, chute de cheveux saisonnière
Le nombre de cheveux dans la brosse est un mauvais indicateur. La durée et la densité en disent bien davantage.

On cite souvent une fourchette de 50 à 100 cheveux par jour. En pratique, c’est un mauvais critère : personne ne compte correctement, la quantité dépend de la fréquence des shampooings, et la même poignée de cheveux paraît dramatique sur une chevelure fine et anodine sur une chevelure dense.

Trois indicateurs sont beaucoup plus utiles.

  • La durée. Une chute saisonnière se compte en semaines, pas en saisons.
  • La densité. La question n’est pas ce qui tombe, mais ce qui reste : la raie s’élargit-elle, voit-on le cuir chevelu là où on ne le voyait pas ?
  • Le diamètre. Des cheveux qui repoussent plus fins et plus courts qu’avant racontent autre chose qu’une chute passagère.

Combien de temps cela dure-t-il ?

Un épisode saisonnier dure en général quelques semaines et se résout de lui-même. En dermatologie, on parle de chute aiguë tant qu’elle reste inférieure à six mois ; au-delà, on entre dans une forme chronique qui mérite un bilan.

La repousse, elle, prend du temps : lorsque la cause est levée, la densité met en général de six mois à un an à se rétablir, parce qu’un cheveu neuf pousse d’environ un centimètre par mois. C’est la partie que personne n’aime entendre, et c’est aussi celle qui évite d’enchaîner cinq produits en trois mois en croyant qu’aucun ne fonctionne.

Les signes qui ne sont pas saisonniers

Consultez plutôt que d’attendre le printemps si vous observez l’un de ces éléments :

  • la chute dure depuis plus de six mois ;
  • la raie s’élargit, ou la densité diminue nettement sur le sommet du crâne et les golfes temporaux ;
  • le cuir chevelu est douloureux, rouge, squameux, ou vous perdez des cheveux par plaques ;
  • la chute a démarré un à trois mois après un événement identifiable : accouchement, intervention chirurgicale, forte fièvre, régime restrictif, arrêt ou début d’un traitement ;
  • elle s’accompagne de fatigue, de frilosité, de troubles du cycle ou d’une variation de poids inexpliquée ;
  • les cheveux qui repoussent sont visiblement plus fins que les précédents.

Les traitements qui peuvent être en cause sont plus nombreux qu’on ne le pense : bêtabloquants, rétinoïdes, anticoagulants, certains antiépileptiques. Un changement récent d’ordonnance mérite d’être signalé.

Ce qu’il faut vérifier avant d’acheter un complément

La démarche standard est un bilan simple : TSH pour la thyroïde, numération formule sanguine, fer sérique et ferritine. La ferritine est le paramètre le plus souvent en cause chez la femme, et une valeur dans les normes du laboratoire n’est pas toujours une valeur satisfaisante pour un follicule pileux, qui est l’un des tissus les plus gourmands de l’organisme.

Deux remarques qui font gagner du temps et de l’argent.

Un complément ne corrige que ce qui manque. Sans carence, il n’ajoute pas de densité.

La biotine à forte dose, présente dans la plupart des compléments capillaires, peut fausser certains dosages sanguins – dont ceux de la thyroïde. La FDA a émis une mise en garde à ce sujet. Si vous devez faire un bilan, signalez toujours ce que vous prenez, et demandez à votre médecin s’il faut l’interrompre avant la prise de sang.

Ce qui aide réellement

Traiter la cause quand il y en a une : c’est la seule action qui change la trajectoire.

Laisser au cycle le temps de repartir, sans changer de produit toutes les trois semaines.

Prendre soin du cuir chevelu comme d’une peau, parce que c’en est une : nettoyage régulier et doux, pas de grattage, attention aux tensions mécaniques répétées – queues serrées, extensions, chignons tirés.

Et retenir l’ordre logique : on comprend d’abord d’où vient la chute, on agit ensuite. Dans l’autre sens, on achète beaucoup et on corrige peu.

Questions fréquentes

La chute d’automne peut-elle durer jusqu’en décembre ?

Un prolongement de quelques semaines est possible, mais une chute encore franche en décembre n’est plus saisonnière. C’est le moment de faire un bilan.

Faut-il changer de shampooing en septembre ?

Un shampooing agit sur la surface et sur le confort du cuir chevelu. Il n’agit pas sur le cycle du cheveu, et il ne fera pas repousser ce qui est tombé.

Le stress fait-il vraiment tomber les cheveux ?

Un stress important peut faire basculer une proportion inhabituelle de cheveux en phase de repos ; la chute apparaît alors un à trois mois plus tard. Le décalage explique pourquoi on ne fait pas toujours le lien.

La chute post-partum, est-ce la même chose ?

Le mécanisme est proche, l’ampleur est plus grande et le calendrier est différent. Elle mérite un suivi propre, notamment sur la ferritine.


Cet article a une vocation éducative et ne remplace pas une consultation. Une chute qui dure, qui s’accompagne d’autres symptômes ou qui modifie visiblement la densité doit être évaluée médicalement.

À lire aussi

Sources

  • Randall V.A., Ebling F.J.G. Seasonal changes in human hair growth. British Journal of Dermatology, 1991.
  • Kunz M., Seifert B., Trüeb R.M. Seasonality of hair shedding in healthy women complaining of hair loss. Dermatology, 2009;219(2):105-110.
  • Hsiang E.Y. et al. Seasonality of hair loss: a time series analysis of Google Trends data. British Journal of Dermatology, 2018.
  • Telogen Effluvium. StatPearls / NCBI Bookshelf.
  • U.S. Food and Drug Administration – mise en garde sur l’interférence de la biotine avec certains dosages biologiques.